Le dossier secret des radars automatiques
JAUGER l'efficacité du système des radars automatiques est délicat. Tous les spécialistes sont d'ailleurs loin de partager la même analyse sur le dispositif phare de la politique de lutte contre l'insécurité sur les routes. Il y a quelques semaines (nos éditions du 4 mai) , l'Observatoire national de sécurité routière, l'instance officielle de statistiques du ministère des Transports sur le sujet, dressait un portrait plus que flatteur des cabines flasheuses en leur attribuant les trois quarts de la baisse des accidents de la route de ces trois dernières années.
Un second rapport se montre beaucoup moins élogieux. Rédigé par l'inspection générale de l'administration et celle des Ponts et Chaussée, à la demande de quatre ministères (Transports, Justice, Intérieur et Finances), remis aux pouvoirs publics en juillet 2005, ce document est tellement sévère que les pouvoirs ont tout fait pour qu'il ne soit pas rendu public. Dès septembre 2005, Rémy Josseaume, juriste spécialisé dans le droit automobile, avait même saisi le tribunal administratif pour avoir le droit de consulter ce document mais n'avait eu qu'une fin de non-recevoir. Cet excès de discrétion se comprend à la lecture de la quinzaine de conclusions assassines issues d'une synthèse des 90 pages du rapport que nous nous sommes procuré. Extraits. Des radars loin d'être aussi efficaces que promis. « Seuls 80 % des appareils sont en fonctionnement, s'étonne Claude Liebermann, ingénieur général des Ponts et Chaussées et coordinateur du rapport. Ce pourcentage, très inférieur à ce que prévoyait le marché initial, s'explique par les pannes, les actes de vandalisme et les délais de réparation. » L'expert note que seuls 50 % des flashs se transforment en avis de contravention, « soit parce qu'il y a incertitude sur l'auteur ou qu'il est à l'abri des poursuites, soit par mise en attente de traitements de cas qui ne peuvent être encore gérés automatiquement ». Ce manque d'efficacité « fragilise le système » car ne concerne pas « équitablement tous les usagers mais certaines catégories d'entre eux plus que d'autres ». Il est même susceptible « d'offrir aux mieux informés et aux plus procéduriers des possibilités d'échapper à la loi commune ». Une gestion « déficiente ». L'auteur du rapport constate aussi « de nombreuses imperfections dans le fonctionnement » de l'équipe qui dirige le système de contrôle automatisé. La liste des griefs est longue : « coordination déficiente », « décisions prises à très court terme », « retards dans la mise en oeuvre des appareils », « contrôles insuffisants des dépenses » et « imperfections » dans le choix des emplacements des radars. Le permis à points sous pression. Si la gestion des infractions relevées est informatisée, celle de l'hémorragie de points de permis qu'elle entraîne est toujours traitée manuellement. Résultat, « seuls 50 % des amendes payées aboutissent à des retraits de points du permis de conduire pour des raisons informatiques et juridiques ». « Pour éviter le risque sérieux d'effondrement du système, il y a lieu, préviennent les experts, de réaliser les investissements informatiques nécessaires » pour gérer les « données du fichier national du permis de conduire dans une base unique ». Les radars embarqués sous-utilisés. Parmi les suggestions avancées pour améliorer l'efficacité du système, les auteurs du rapport préconisent une meilleure utilisation des radars mobiles (ceux qui flashent depuis l'arrière d'une voiture banalisée des forces de l'ordre), qui ne fonctionnent que « sept heures par semaine en moyenne ». Ce « sous-emploi » est « source de gaspillage » et devrait, avant d'envisager l'achat de nouveaux appareils, être porté à onze heures hebdomadaires par radar.
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