Re-bonsoir,
cbrun a écrit:Je n'ai pas écrit ni même laissé entendre que la loi Badinter remetttait en cause le Code civil. Il n'empêche qu'elle a modifié en profondeur, pour certains usagers de la route la sanction de la faute
Oh, mais je sais bien que vous ne l'avez pas dit. Bien sûr que ce n'est pas vous que je citais, mais c'est ce qu'on peut lire et entendre fréquemment, et surtout de la part de certains assureurs (quand ça les arrange, bien sûr), entre autres.
Oui, effectivement, elle à modifié en profondeur certains usages mais bien plutôt, d'après "ce que je me suis laissé dire", parce que les usages précédents n'étaient pas conformes à l'esprit du code civil qui, bien que ce ne soit pas toujours écrit clairement, est basé sur une forme de hiérarchie dans les responsabilités civiles (exemple concret : le principe de la majorité fixée à 18 ans). Badinter était avocat et connaissait bien les lois. Il n'aurait pas fait "concocter" un texte qui irait à l'encontre du code civil.
Mais aussi modifié en profondeur parce que, comme vous le faites remarquer, les assureurs ont, une fois plus, interprété de travers la loi Badinter, semble-t-il (régulièrement "remis d'aplomb" par la cour de cassation). Parce qu'une chose est certaine, la loi Badinter ne se place absolument pas sur le terrain de la "sanction de la faute" (cette loi n'est pas rattachée au code pénal, mais au code des assurances). Les assureurs qui le prétendent se trompent ou font semblant de se tromper. Il ne s'agit uniquement, dans cette loi, que de réparations à titre civil, comme son nom l'indique d'ailleurs : " Loi tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation ", mais pas au détriment des conducteurs, du moins, pas au sens où on a l'air de l'entendre. (On notera, au passage, que le titre ne dit pas du tout "victimes non conductrices de véhicules à moteur")(tout simplement parce que la loi Badinter traite de toutes les victimes, y inclus les conducteurs de véhicules à moteur)(et ne traite que des victimes, pas des responsables).
Il y est juste écrit (finalement)(et selon Badinter, ce n'était qu'un rappel des bonnes règles tirées d'une lecture correcte du code civil) qu'un piéton ou un cycliste, même s'il a commis une faute grave, du moment qu'elle n'est pas inexcusable, sera quand même indemnisé de ses dommages corporels – et uniquement ceux-là - s'il est victime d'un accident de la circulation avec un véhicule à moteur. Ce qui ne veut pas du tout dire, si l'on s'en tient à la loi Badinter, qu'il faudrait, du coup, rejeter la faute (pénale) sur l'automobiliste, si lui-même n'a commis aucune faute (pénale). Et ça ne veut pas dire du tout qu'il n'y aurait pas reconnaissance (pénale) de l'infraction commise par le piéton (lequel pourrait très bien se faire verbaliser en parallèle, même s'il s'est fait renverser par une automobile, s'il traversait en dehors des clous ou au feu vert). Ce n'est pas Badinter qui définit qui est fautif et qui ne l'est pas. Si c'est ce que font les assureurs, c'est une faute d'interprétation de leur part.
Il ne faut pas confondre indemnisation (responsabilité civile au plan civil) et responsabilité d'une infraction ou d'un sinistre (responsabilité pénale au plan pénal). La confusion vient du fait que, la plupart du temps, les deux notions se confondent.
Le 1382 ne concerne que les dommages qu'on a causé à autrui. Les 1383 et 1384, ne reprenant pas la notion de "à autrui", concernent aussi bien les dommages qu'on a causé à autrui que les dommages qu'on s'est causé à soi-même. Parfaitement conformes aux articles 4 et 5 de la loi Badinter et réciproquement : si vous êtes en partie responsable de ce qui vous arrive, cette responsabilité viendra en déduction de votre indemnisation, selon le vieil adage " Nemo auditur propriam turpitudinem allegans".
De même, la lecture de la loi Badinter qui consisterait, d'une part, à considérer que "victime" s'identifierait exclusivement à un "non conducteur d'un véhicule à moteur" et jamais à "conducteur d'un véhicule à moteur" et, d'autre part, que "conducteur d'un véhicule à moteur" s'identifierait à "responsable de l'accident" et donc pas "victime" est une lecture erronée. Peut être "victime" le "conducteur d'un véhicule à moteur" et peut être "responsable de l'accident" un "non conducteur d'un véhicule à moteur". Seules les victimes sont concernées par la loi Badinter.
Et, bien évidemment, la loi Badinter ne se place pas sur le terrain des assurances volontaires d'indemnisation de ses propres biens en cas d'accident responsable (options "tous dommages" ou "tous risques") mais uniquement sur le plan de la responsabilité civile.
cbrun a écrit:l'article 1384 (et aussi 1383 si la négligence et ou l'imprudence sont établie à l'encontre de tel ou tel) 1384, donc, dispose, en gros, que l'on est responsable du fait des choses que l'on a sous sa garde. Lorsque les deux parties en présence n'ont pas les moyens de preuve permettant de rendre l'un ou l'autre responsable, chacune devra indemniser l'autre en totalité...C'est donc bien le contraire de l'article de la loi Badinter
Relisez attentivement la loi Badinter, elle ne dit rien d'autre. Si ! Elle précise que si je suis conducteur d'un véhicule à moteur et que celui d'en face est un piéton ou un vélo, même si je fais la preuve que l'accident est de sa plus pleine et entière faute, je devrai quand même l'indemniser de ses dommages corporels. Sauf si cette faute est inexcusable et cause exclusive de l'accident. La loi Badinter parle donc bel et bien d'une faute du piéton ou du vélo, donc ici bel et bien considéré comme responsable (au sens pénal) de l'accident et ne la "gomme" pas, elle ne fait qu'en gommer les conséquences en termes d'indemnisation. Sinon, bien évidemment qu'il serait indemnisé s'il n'était responsable de rien, la question ne se poserait même pas et Badinter n'aurait pas eu à "remettre les pendules à l'heure". La loi ne dit pas du tout que moi-même, en tant que conducteur d'un véhicule à moteur (article 4), mais aussi en tant que victime (article 5), je n'aurais pas le droit d'être indemnisé de mes propres dommages corporels ou matériels (articles 4 et 5 combinés) si moi-même je n'ai commis aucune faute. Et, bien évidemment, dans ce cas, pas de malus non plus. Bien évidemment, ma "version des choses" n'arrange pas trop les assureurs…
Dans tous les autres cas, les articles 1382, 1383 et 1384 s'appliquent directement : celui qui est responsable d'un dommage indemnise la victime (1382, 1383 et 1384 combinés), cette indemnisation est réduite par la faute de la victime (1383 appliqué à la victime). Mais cette faute doit avoir une relation directe avec la survenue des dommages. Pas question de dire "La fenêtre de M. Tartempion, mon voisin n'est pas d'un modèle homologué, il a commis un faute en achetant ce modèle, donc je ne la lui rembourse pas, bien que ce soit le ballon –parfaitement homologué, lui, et conforme aux normes NF - de mon fils qui l'a cassée" Par contre, si je peux prouver que M. Tartempion a dit, trente secondes avant le crash "Va-z-y Zinedane Zidine, fais-moi une passe, shoote comme Cantona à la finale du Mondial ! Tu vas voir, je vais te l'arrêter ton ballon, Chuis meilleur que Fabien Bats ou Joël Barthez !", peut-être bien que je pourrais réduire la facture (à défaut de réduire la fracture de la vitre)…

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